I.E.S. "MARÍA SOLIÑO" - I.E:S. "JOHÁN CARBALLEIRA" - LYCÉE "JEAN MOULIN"

(Échange entre les lycées de Cangas, Bueu et Thouars)

"La ria de Vigo, un voyage à travers le temps"

Promenade en bateau le 12 avril 2004

La Péninsule du Morrazo, entre les rias de Pontevedra et de Vigo

La ria de Vigo a une longue histoire. Elle est cernée de restes préhistoriques (gravures rupestres et gisements archéologiques) ou historiques de toute époque depuis la romanisation du pays. Elle a aussi vécu des batailles navales, des attaques de pirates ou des incursions de corsaires
Et dans la Littérature la présence de la baie de Vigo est très importante. De l'époque médiévale, dans la riche poésie lyrique galicienne-portugaise, à Jules Verne lui-même.
La mer a toujours marqué la vie de la ria de Vigo aussi bien que celle du reste du littoral de la Galice. D'une façon ou d'une autre, presque toute sa population vit de la mer. Pêche, conserve, construction navale… Tout en permanente transformation car les ressources marines ne sont pas illimitées.
Pourtant, même si la richesse de notre mer n'est plus ce qu'elle était, la variété et les captures de la pêche sont encore importantes. Et la qualité et le volume des fruits de mer aussi. Mais les temps nouveaux exigent de nouvelles techniques et notre époque est celle de l'aquaculture. Voilà l'explication de ces drôles d'engins mi-bateaux mi-plateformes appelés bateas qu'on voit ancrés comme une flotte sur la ria. C'est là que grandissent les moules, une importante ressource pour notre pays car la production de moules de Galice réprésente 99% de la production espagnole et plus de la moitié de la production mondiale.
Et puis il y a la beauté des paysages et la douceur du climat. Si le tourisme accourt d'une façon appréciable en Galice (mer, montagne, Saint-Jacques de Compostelle, paysages, gastronomie…) c'est surtout aux rias du Sud (les "Rias Baixas") et plus particulièrement dans la nôtre que l'affluence est la plus grande.
Nous souhaitons que votre court séjour entre nous soit le préambule d'une visite plus longue pour laquelle nous vous promettons le meilleur accueil.

AMOUR ET MER AU BORD DE LA MORT

Dans ce poème, le seul qu'on connaît de lui, le poète du XIIIe siècle Meendinho, met dans la bouche d'une jeune fille l'angoisse de se voir encerclée par la mer qui monte quand elle se trouve seule dans l'île de Saint Simon (voir nº 5 dans la carte) à l'attente de son ami. C'est donc une cantiga de amigo, un "chant d'ami".
Beaucoup de spécialistes trouvent que ce poème est le chef-d'oeuvre de la poésie médiévale galicienne-portugaise.

 

J'attends en la chapelle de Saint Simion
et les vagues m'entourent qui sont si hautes:
et moi j'espère là mon ami,
et moi j'espère là mon ami.

Là toute en la chapelle devant l'autel,
et m'entourent les hautes vagues de la mer:
et moi j'espère là mon ami,
et moi j'espère là mon ami.

Et les vagues m'entourent qui sont si hautes,
sans batelier, aussi sans marinier:
et moi j'espère là mon ami,
et moi j'espère là mon ami.

Et m'entourent les hautes vagues de la mer,
sans batelier et ne suis marinier:
et moi j'espère là mon ami,
et moi j'espère là mon ami.

Sans batelier, aussi sans marinier
m'en vais mourir, la belle, en grosse mer:
et moi j'espère là mon ami,
et moi j'espère là mon ami.

Sans batelier et ne suis marinier
m'en vais mourir, la belle, en haute mer:
et moi j'espère là mon ami,
et moi j'espère là mon ami.

L'AMOUR, MÈRE, À VIGO

Au XXe siècle on a retrouvé le texte et la musique de sept chants d'ami; son auteur: Martim Códax. Un autre poète du XIIIe. Les sept constituent une suite où la fille exprime son inquiétude: est-ce que l'ami viendra à sa rencontre?

À l'aide de la première strophe de chaque poème nous suivrons le parcours de cette espèce de monologue théâtral pour conclure avec le dernier chant tout entier.

 

À Vigo, sur le parvis
dansait un corps gentil:
d'amour je suis!

Ma soeur gentille, viens vite avec moi
vers l'église, à Vigo, où est la haute mer,
nous aimerons les flots.

Ah Dieu, s'il savait assez tôt, mon ami,
comme je suis seule, à Vigo,
moi, l'amoureuse.

Toi, la vague, que je viens regarder,
si tu savais me dire
pourquoi s'attarde mon ami
sans moi!

Vagues à la mer de Vigo
le voyez-vous mon ami,
Ah Dieu,
qu'il revienne au plus tôt!

J'ai eu le message,
là, revient mon ami:
et je vais, mère, à Vigo

Que toutes celles qui savent aimer leur ami
accourent avec moi, vers la mer, à Vigo,
et nous plongerons dans les flots

Que toutes celles qui savent aimer leur aimé
accourent avec moi dans la mer agitée,
et nous plongerons dans les flots

Accourent avec moi, vers la mer, à Vigo,
nous y verrons là mon ami,
et nous plongerons dans les flots

Accourent avec moi, vers la mer agitée,
nous y verrons là mon aimé,
et nous plongerons dans les flots

La traduction des poèmes de Meendinho et de Martim Codax a été faite par Henri Deluy "Troubadours galégo-portugais. Une anthologie" (Éditions P.O.L.)

LE VIGO D'HÉLENE FORTOUL

En 1927, une jeune femme française visite la Galice et fait un séjour à Vigo. À son retour en France Hélène Fortoul -qui deviendra ensuite romancière- publie le récit de son voyage ("Pierres de Galice". Paris, 1928) Vigo n'est plus la toute petite ville médiévale -presque un village- chanté sept siècles plus tôt par Martim Códax. Mais Vigo n'est pas encore la grande ville actuelle de 300.000 habitants, elle en a à peine un tiers et elle se construit en tant que ville. Hélène Fortoul décrit ce moment et, à vrai dire, nous avons du mal à imaginer le Vigo qu'elle peint car les changements dans l'urbanisme et la qualité de vie n'ont pas été tous positifs.

Mais écoutons Hélène Fortoul:

"Une rue mince fend la ville comme un coup de couteau un melon; et cette rue monte accrochée à la colline pointue, monte jusqu'à la vieille citadelle, hissant un cortège d'enfants et de femmes actives. Chacun travaille ici avec une hâte silencieuse. Peu de bruit vraiment pour un flot humain si dense (comparez la nappe de cris et de chants d'une ville italienne) -peu de bruit et beaucoup de besogne- un peuple qui s'accroît chaque jour, qui fait confiance à l'avenir, qui n'a pas peur de bâtir et de planter.
Le massif de l'Acropole excepté, Vigo est neuve. En moins d'un demi-siècle elle a grandi de façon prodigieuse. Aujourd'hui elle construit un théâtre et un municipe somptueux. Des centaines de maisons frais fini s'agrippent au flanc des collines, admirant la rade. Nul peuple autant que le Viguese ne possède le goût du paysage, de son paysage. Ah comment ne pas se laisser séduire par le charme de cette nature, comment n'en pas être profondement épris! Où trouver comme ici la couleur, le dessin, la variété? L'Océan au coeur de la terre, une fantaisie de presqu'îles, de petites baies, de collines transparentes, de plages scintillantes, de blocs rocheux entremêlés… Le long fleuve salé cisèle ses bords d'adroites découpures, le dernier soupir de l'eau meurt doucement aux pieds des pins légers, des glycines, des camélias roses.. Un vieux pont moussu bloque l'Océan. Un carré de légumes frais pousse dans le sable criblé de coquilles nacrées. Comme au bord du Léman, des filets verts tendent leurs rêts sur de jeunes jardins, mais de grands steamers se balancent sur l'eau bleue -des paquebots de deux cents mètres de long attendent près des quais la cargaison humaine qu'ils porteront bientôt de l'autre côté de l'Atlantique."

PYRARD DE LAVAL: DES CORSAIRES AUX CÍES

En 1601, un marchand de la ville de Laval, François Pyrard, s'embarque dans une expédition française qui veut ouvrir des routes commerciales avec l'Orient. Il connaîtra de nombreux dangers et sera retenu prisonnier cinq années aux Maldives où le bateau fait naufrage. Mais ses malheurs n'en finissent pas là. Finalement, dix ans après, en 1611, il arrive au port de Baiona, en Galice, près de Vigo qui est alors moins important que celui-là. C'est pourquoi il appelle les îles Cies (nº 3 sur la carte) "îles de Bayona".

 

"Étant donc sur le point d'entrer en la baie des îles de Bayona, en la côte de Galice, nous rencontrâmes un petit navire qui y entrait comme nous, ce qui nous donna une grande peur et appréhension. […] le jour d'auparavant un navire de corsaires avait pris une caravelle au même lieu, et lorsque nous entrâmes ils étaient tous deux à l'ancre èsdites îles, là où ils déchargeaient ladite caravelle, mais ils étaient d'un côté, et nous passâmes de l'autre et allâmes près de la ville, il y en a trois ou quatre petites dans cette baie"

En effet nos côtes étaient alors dangereuses car elles subissaient les ataques des corsaires et des pirates. En fait, cinq ans plus tard la baie de Vigo va être attaqué par des "Turcs" qui saccageront et brûleront la petite ville de Cangas. María Soliño, veuve d'un des défenseurs mort au combat perdra la raison et sera accusée par l'Inquisition de sorcellerie. Nous sommes heureux de revendiquer son nom comme dénomination du plus ancien lycée de Cangas.

Aujourd'hui les îles Cíes -vrai paradis naturel- font partie du "Parc National des îles Atlantiques".


Mais de nouveaux pirates et de nouvelles menaces se présentent.. Si les effets de la marée noire du Prestige n'ont pas été très importants dans la ria de Vigo, quelques zones des Cíes ont reçu quand même une bonne quantité de fioul. Et si le combat ici a été gagné c'est surtout grâce à l'effort infatigable des marins et des bénévoles.

UN TRÉSOR SOUS LA MER

En 1702 une importante bataille eut lieu dans la ria de Vigo. Une grosse flotte navale espagnole chargée d'immenses richesses d'Amérique se réfugie en hâte dans la baie pour essayer de décharger les trésors craignant une attaque anglo-hollandaise. Elle se situe à l'intérieur de la ria, derrière le détroit de Rande (nº 4 sur la carte), protegée par une escadre française. L'attaque se produit et les assaillants anéantissent aussitôt les défenses françaises et espagnoles. La plupart des richesses s'enfouissent dans la mer.

Depuis on a cherché sans arrêt le trésor des galions de Rande. Sans arrêt et sans résultats. A-t-il été récupéré par le capitaine Némo et embarqué en secret au bord du Nautilus pour aider les êtres souffrants, les peuples opprimés, les misérables? C'est du moins ce qu'il déclare dans Vingt mille lieues sous les mers où Jules Verne consacre tout un chapitre à la "baie de Vigo".

Mais ce qui est sûr c'est que pour nous, les habitants de la côte, et aussi pour tous les habitants de la Terre, le vrai trésor sous la mer est la nourriture qu'elle nous fournit . C'est l'idée que transmet cette cantiga, ce poème traditionnel galicien :

Debaixo da auga nacen
cousiñas que saben ben,
eu tamén me vou criando moi
para o amparo dalguén

Sous l'eau il naît
de petites choses appétissantes,
aussi je grandis
pour devenir l'appui de quelq'un

Nous voudrions dans cette baie de Vigo cueillir avec vous le meilleur trésor de la Mer et de la Terre: celui de l'amitié.


Voir photos des voyages:

1.- Thouars (octobre 2003)

2.- Cangas (avril 2004)